jeudi 13 juin 2013

Limonov d'Emmanuel Carrère**


Limonov, le picaresque du 20e siècle

Achevé le 8 juin 2013

Limonov d'Emmanuel Carrère
roman français, 2011 (éd.folio), 489 p.

«  La situation, c'est que je suis son biographe : je l'interroge, il répond, quand il a fini de répondre il se tait en regardant ses bagues et attend la question suivante. Je me dis qu'il est hors de question de me taper plusieurs heures d'entretien de ce genre, que je me débrouillerai très bien avec ce que j'ai. Je me lève en remerciant pour le café et le temps qu'il m'a consacré, et c'est sur le pas de la porte qu'il m'en pose une, finalement, de question :
« C'est bizarre quand même. Pourquoi est-ce que vous voulez écrire un livre sur moi ? »
Je suis pris de court mais je réponds, sincèrement : parce qu'il a – ou parce qu'il a eu, je ne rappelle plus le temps que j'ai employé – une vie passionnante. Une vie romanesque, dangereuse, une vie qui a pris le risque de se mêler à l'histoire.
Et là, il me dit quelque chose qui me scie. Avec son petit rire sec, sans me regarder : « Une vie de merde, oui. »  » (p.484)



Limonov est un « fasciste anachronique et mégalomane », la formule est de Finkielkraut, et finalement le portrait brossé par Emmanuel Carrère est assez conforme à cette définition. Enfin, « c'est plus compliqué que cela ». Limonov est un auteur que l'on connait peu en France, ses accointance avec l'extrême droite et son implication dans les sinistres guerres serbo-croates en font fait une persona non grata de ce côté-ci des Alpes. Limonov est à peu près ce que Carrère n'est pas. Evoquer ce personnage ambigu, auteur - entre autres - de l'autobiographique Le Poète russe préfère les grand nègres, permet à Emmanuel Carrère, comme en contre-point, de se dire lui-même, dans ses premiers non-engagements politiques – né dans le seizième, il fait partie de cette rare jeunesse française à avoir revendiqué comme une pose ses préférences pour la droite, ou encore dans ses non-prises de risque – ses deux ans de vie sur une plage thaïlandaise et son fumeux projet de commerce de bikinis représentant le summum de ses aventures... Avec beaucoup d'autodérision donc, Carrère se lance donc dans l'évocation de la vie du polémique Limonov, et nous voyageons de l'URSS à New York, de Paris à Zaghreb, à travers une histoire contemporaine complexe et que Limonov a traversé, tour à tour sous les habits de clochard, chef du parti national-bochevik, people amoureux de starlettes, prisonnier, valet de millionnaire, … Limonov n'est pas sympathique, c'est vrai, il n'a rien du héros généreux et sans reproches, néanmoins sa vie haute en couleur le désignait en effet tout naturellement pour être un véritable héros picaresque de ce tourant du siècle. Anaïs T.


1 commentaire:

  1. Et si Limonov était quelque peu différent de ce que raconte Carrère ?
    Je l'ai découvert après la lecture de ce grand livre.
    Un chef d'oeuvre, qui fait déja office de classique, 2 ans après sa sortie, et pas qu'en France, comme vous pourrez le constater sur ce site très complet, consacré au véritable Edouard Limonov
    http://www.tout-sur-limonov.fr/

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