vendredi 24 mai 2013

Les Sopranos d'Alan Warner

Les Sopranos, lamentable mélodie


Abandonné le 11 mai 2013

Les Sopranos de Alan Warner
roman écossais, 2008 (éd.Points), 405 p.

«  Les filles se marrent.
« Quand même cette Condom, quelle vieille... salope de connasse hein ?
- on voit d'jà qu'elle va pas arrêter d'nous péter les nibards toute la journée. Et les deux autres chiées de petites gnasses, la Kay Clarke et Ana, vous les avez pas entendues qui s'bidonnaient comme des connes...
- A propos de nibards (Fionna enfonce un doigt mollo dans le gauche de Manda), t'as pris ton wonderbra ?
- A fond !
- A fond de culotte ! » » ( p.42)


Tout le roman est écrit ainsi : préoccupations d'adolescentes obsédées sexuelles, restées trop longtemps cloitrées dans leur école de bonnes sœurs et lâchées en ville, vocabulaire digne du plus vulgaire des charretiers... et pas franchement d'intrigue, ni même de satire sociale. Bref passez allégrement votre chemin et allez lire Du domaine des murmures de Carole Martinez (au hasard...) ! Anaïs T.

 

vendredi 10 mai 2013

Impurs de David Vann***


Impurs, l'occasion d'une belle rencontre avec l'auteur

Lecture achevée le 9 mai 2013

Impurs de David Vann
roman américain, 2013 (éd. Gallmesteir), 279p.

« Galen extatique, son âme tout entière débordante d'amour. Son pied sur la surface, froide, le souffle de l'eau et c'était une bonne chose, il allait y arriver, mais son pied s'enfonça, et il bascula, essayant de maintenir les paumes vers le ciel, essayant de sauver l'instant, essayant de ne pas perdre la foi. Le pas suivant serait assuré, il posa donc l'autre pied mais il s'enfonça à son tour, Galen se tordit la cheville sur la pierre en dessous, il tomba en avant, heurta l'eau tête la première dans un choc glacial, la respiration brutalement coupée. Il aspira de l'eau, repoussa pierre et sable pour se redresser, battant des bras. Il toussa, chancela et tomba encore, la cheville tordue, trop faible pour y prendre appui, aussi se hissa-t-il sur ses fesses, et à l'aide de ses bras se traina à reculons sur la berge. Il rampa hors de l'eau et resta étendu par terre. Mais putain, dit-il. Quand est-ce que je vais y arriver ? »  (p.97)




         Mardi dernier, David Vann est venu à la rencontre de ses lecteurs à la bibliothèque municipale de Saint Etienne, pour parler de son dernier roman, Impurs. Un moment étonnant, car David Vann drôle et léger, instaure une atmosphère de chaleur et de complicité a mille lieues de l'univers glaçant de ses romans. J'ai déjà eu l'occasion de dire à quel point Sukken island et Désolations (cf mes critiques) sont des textes réfrigérants – et pas seulement parce qu'ils prennent pour décor l'Alaska. Avec Impurs, à l'inverse, nous sommes dans la fournaise du désert californien, et pourtant, le lecteur sort de ce roman tout aussi transi.
            Galen a vingt deux ans, et vit seul avec sa mère. Comme un vieux couple qui n'en finit plus de ne plus se supporter, dans une maison à l'histoire familiale pesante, ils n'ont de relation avec l'extérieur qu'à travers une tante haineuse, une jeune cousine perverse et une grand-mère pitoyablement amnésique. Et, riche, parait-il, très riche. Si magot il y a, pourquoi Galen n'a-t-il jamais été autorisé à aller à l'université ? Pourquoi n'a-t-il jamais pu voyager ? Pourquoi rester vivre dans cet enfer terrestre ? Pourquoi la haine de la tante et la détresse de la grand-mère ? Faute de réponses, et nanti de sérieux troubles psychiques, Galen se réfugie dans l'idéologie New Age, en perpétuelle quête de communion transcendantale avec la nature, l'eau, les pierre, la terre – d'où « Dirt », le titre original du roman. Jusqu'au moment où tout dérape, et où la folie du personnage ne se contente plus de le pousser à essayer de marcher sur l'eau...

             Lors de la rencontre avec quelques uns de ses lecteurs, David Vann nous a expliqué que Dirt était inspiré de son propre passé familial, douloureux (une grand-mère battue par son mari, le suicide de son père, sa relation ambigüe avec sa mère, sans parler de cinq suicides et d'un meurtre!), et que l'écriture du roman s'est faite avec un fort sentiment de culpabilité. En effet, au moment où il avait bien conscience d'opérer une forme de cure cathartique contre ses propres démons, il a en réalité pris beaucoup de plaisir à écrire : selon lui, Galen est « funny », tellement drôle car si ridicule ! « Writers are very bad people ! » Raconter l'échec solitaire et cuisant de ses expériences New Age l'a beaucoup amusé, d'autant que David Vann nous a avoué avoir mis beaucoup de lui-même dans cette facette hallucinée du personnage, puisqu'il a adhéré par le passé au même type de croyances ! En écrivant ce troisième roman, l'auteur a pris conscience d'une sorte de lien entre ses textes : il s'agit chaque fois de démontrer par leurs conséquences brutales les dangers de toute croyance aveugle. Avec Sukken island et Désolations, il s'agissait de ce rêve romantique de retour à une innocence première, pas très loin du mythe du bon sauvage ; dans Impurs, ce sont les dérives de spiritualités alternatives qui sont pointées du doigt, et dans son prochain roman, il traitera des dangers potentiels de la foi chrétienne.
            Autre lien, la cabane en planche, que l'on retrouve, sous deux formes différentes dans Impurs : David Vann nous l'a juré mardi dernier, on ne l'y reprendra plus ! Plus jamais il ne mettra de cabane dans ses romans car un critique anglais en a fait un motif suffisant pour descendre son œuvre, alors que jamais on a reproché à d'autres auteurs américains de prendre encore et toujours comme décors de leurs œuvres des lofts New new-yorkais ! So unfair... Anaïs T.


Rien ne s'oppose à la nuit de Delphine de Vigan***


Rien ne s'oppose à la nuit, Delphine recherche Lucile désespérément

Lecture achevée le 3 mai 2013

Rien ne s'oppose à la nuit de Delphine de Vigan
roman français, 2011 (éd. Le Livre de Poche), 401p.

« Derrière la mythologie, il y a la mort d'un enfant et l'arrivée d'un autre : une pièce de puzzle qu'on essaie de faire rentrer de force, me dira Violette lors de mes entretiens. Dans les notes que Lucile a écrites sur son enfance, récupérées chez elle au fond d'un carton, à propos de l'arrivée de Jean-Marc, j'ai trouvé cette phrase : Ainsi je découvrais confusément, malgré les explications et les dénégations, que nous étions interchangeables. Je n'ai jamais pu me convaincre par la suite du contraire, ni dans les rapports amoureux, ni dans les rapports amicaux. »  (p.79)


       Dans Rien ne s'oppose à la nuit – titre qu'elle emprunte à une chanson de Bashung, Delphine de Vigan raconte sa mère, Lucile. Lucile est née à une autre époque, celle du Paris d'après guerre, dans une famille nombreuse et joyeusement turbulente, entre sa mère Liane, et ses grossesses radieuses et permanentes, son père, Georges qui fait vivre bon an mal an toute la tribu, et ses huit frères et sœurs, une vie de bohème avant l'heure. Mais voilà, derrière la légèreté et les souvenirs cartes postales, des secrets, des mensonges et des drames.
       Parce que si Delphine de Vigan entreprend de raconter sa mère, c'est que celle-ci n'est plus, elle vient de se suicider, et c'est la romancière, qui a reçu en héritage le fardeau de découvrir son corps sans vie, et de comprendre. Lucile était maniaco-dépressive1, oscillant entre l'abattement le plus terrifiant et des crises de folie délirante... Si le suicide a été la dernière conséquence de ces troubles bipolaires, ceux-ci trouvent nécessairement leur cause dans le passé et l'histoire personnelle de Lucile. Et c'est bien une enquête que Delphine de Vigan nous donne à lire, la sienne, faite de ses propres souvenirs d'enfance, de conversations avec ceux qui sont encore en vie, de retranscriptions de cassettes audio enregistrées par le grand-père, de films en super 8... Il ne s'agit pas d'autofiction, il ne s'agit pas non plus de se délecter de sordides secrets de famille. Aucun voyeurisme dans Rien ne s'oppose à la nuit, mais un récit sincère et prudent, où chaque ligne est pesée, réfléchie, douloureuse...
      Delphine de Vigan écrit quelque part dans son texte qu'en guise d'hommage à quelqu'un que l'on aime, le tombeau littéraire est sans doute ce qu'il y a de plus beau : avec Rien ne s'oppose à la nuit, le souvenirs précieux de cette belle blonde à la cigarette est fixé dans nos têtes et pour longtemps...

1comme l'artiste contemporain Gérard Garouste qu'elle évoque souvent.

samedi 27 avril 2013

Fuck America de Edgar Hislenrath


Fuck America, un détour pas franchement  obligatoire !

Achevé le 26 avril 2013

Fuck America de Edgar Hilsenrath
roman allemand, 1980 (éd.Le Livre de Poche), 281p.

«  « Mary Stone » dis-je. « J'ai encore d'autres problèmes, des problèmes plus concrets et qui n'ont rien à voir avec ma peur orginelle. »
« Quels problèmes ? »
« Les problèmes concrets d'un écrivain inconnu et crève-la-faim, mais surtout les problèmes d'un écrivain allemand d'origine juive dans un pays étranger, un pays que je ne comprends pas et qui ne me comprend pas. »
« L'Amérique, c'est la terre promise ! »
« L'Amérique est un cauchemar »
« Pour des gens comme Jakob Bronsky peut-être ? »
« C'est cela, Mary Stone ». »



Je ne dirai pas de bien de Fuck America, je suis passée complètement à côté de ce texte, tout en dialogues, qui raconte l'histoire de Bronsky, double sans doute de l'auteur Hilsenrath, émigré juif allemand perdu dans New York, marqué par la seconde guerre mondiale, et dont l'idée fixe est d'écrire son roman, Le Branleur. Semi-clochard, Bronski vit de petites combines et de divers expédients, dialogue avec d'autres paumés, et rêve de rencontrer une secrétaire de direction pour assouvir urgemment ses besoins sexuels. Je reconnais qu'avec ce roman la Shoah est abordée d'une façon très neuve, mais de là à crier au génie, il y a un monde !       Anaïs T.


vendredi 26 avril 2013

Sukkwan island de David Vann ***


Sukkwan island, roman d'horreur
Achevé le 25 avril

Sukkwan island de David Vann
roman américain, 2010 (éd.Gallmeister), 200p.

« Roy ressassait le discours de son père, et la personne à ses côtés lui semblait être un père bien étrange. Plus que toute autre chose, c'était le ton de sa voix, comme si la création du monde menait invariablement vers le Gros Plantage. Mais Roy évitait de trop réfléchir. Il avait vraiment envie de dormir.
La neige s'installa à plus basse altitude, et ils cessèrent de pêcher, d'utiliser le fumoir ou de couper du bois.
On est parés de toutes façons, fit son père. Il est temps de s'installer et de se détendre. Il faudra environ deux semaines avant que je pète les plomb.
Quoi ?
Je plaisante, dit son père. C'était une blague. » (p.94)



         Le personnage principal de Sukkwan Island est Jim, le dentiste coureur de jupons et foncièrement égocentré, que l'on avait croisé déjà, en tant que personnage secondaire cette fois, dans Désolation (cf ma critique). Sukkwan island a été écrit avant Désolation mais la chronologie est inversée, et on retrouve cet homme aussi torturé qu'antipathique quelques années plus tard, alors que, divorcé et un peu perdu, il décide de vivre une expérience unique avec Roy, son fils de treize ans. Vivre, ou plutôt survivre une année entière sur une île déserte et sauvage, au sud de l'Alaska.
            On apprécie dans ce roman tous les ingrédients de Désolations : le rêve d'une île déserte, le retour aux sources et à la vie sauvage, la cabane en rondins, les migraines obsédantes, le froid, la neige, le suicide et le meurtre. Le roman est terriblement efficace, on souffre avec Roy, l'adolescent qui n'avait rien demandé et qui se laisse embarquer dans la folie dangereuse de son père. Le roman est tout en tension, et l'on sait que l'on s'achemine, comme dans une tragédie de Sophocle, vers le drame. Et le drame a lieu à la fin de la première partie. Il est insupportable - et je pèse mes mots - ce qui finit par se produire est terriblement choquant. L’événement aurait pu coïncider avec la fin du roman, mais David Vann a pris un autre parti. Il ne cède pas à la facilité de clore son texte ainsi mais, sans ménager ni la pudeur, ni la sensibilité du lecteur, il reprend le cours de son récit, et comme assommé par tant d'horreur, le lecteur passif comprend qu'il devra boire le calice de l'abomination jusqu'à la lie... 
            Un très bon roman, mais à ne pas mettre entre toutes les mains, tant David Vann va loin dans le récit de la folie furieuse et de ses conséquences sordides...  
Anaïs T. 

 

Persécution d'Alessandro Piperno**


Persécution, ou les ravages de la peur 

Achevé le 20 avril

Persécution de Alessandro Piperno
roman italien, 2010 (éd.Le Livre de Poche), 499p.

«  Ironie du sort, Leo a choisi pour s'agenouiller le petit bout de terrain où quelques mois plus tôt, à la fin de la date d'anniversaire de Samuel, il avait accueilli les parents de Camilla en leur demandant de ne pas bouger pour qu'il puisse les photographier. C'est ainsi que Leo s'agenouille à l'endroit même où il a pu auparavant jouir du doux sentiment de supériorité que lui avait inspiré la vue de ces deux rustres embarrassés. La situation est maintenant résolument renversée, et à son désavantage. Maintenant c'est lui qui doit avoir honte. C'est lui qui est à leur merci. Lui qui dépend de leur bon plaisir. Avec la même bonne grâce qu'ils s'étaient mis à la disposition de son appareil photo il se met maintenant à la disposition de leur pistolet.  » (p.245)


Leo Pontecorvo a tout pour lui : pédiatre adoré de ses patients et de leurs parents, sommité reconnue du monde de la médecine, mari fidèle, père de deux beaux garçons, vivant dans une jolie maison de la banlieue romaine, c'est un bel homme, sûr de lui et plein d'esprit. Jusqu'à sa rencontre avec Camilla. Camilla a douze ans et tombe amoureuse de lui, puis, frustrée de cet amour sans retour, elle transforme sa vie en enfer, en l'accusant d'une conduite inappropriée. Contre toutes attentes, Leo s'effondre : la peur le submerge, il ne réagit pas, ne se défend pas, et finit par se terrer dans le sous-sol de sa maison, impuissant témoin de sa vie toute entière qui s'effondre. Dans cette solitude, c'est à son propre passé qu'il se heurte, à toutes ses violences et ses frustrations bien enfouies, bien oubliées : son enfance de petit garçon juif au moment de la deuxième guerre mondiale, ses parents sur-protecteurs, sa rencontre avec son épouse, issue d'un milieu bien différent du sien, la froideur de celle-ci, et ses austères principes aussi, la bizarrerie de son fils ainé, et tout bien réfléchi, l'étrangeté du deuxième aussi...
Une quête introspective sans concession, qui ne peut laisser le lecteur indifférent à la misérable histoire du docteur Pontecorvo... Piperno a semble-t-il tout pour devenir un grand auteur de la littérature contemporaine. A noter, Persécution est le premier volet d'un diptyque intitulé : « Le feu ami des souvenirs », le second tome est Inséparables, que je vais m'empresser de me procurer !                        Anaïs T.



dimanche 21 avril 2013