samedi 15 mars 2014

*** ma P.A.L. du mois de mars ***

Tout bon blogueur spécialisé dans les romans se doit de temps à autres de fournir sa P.A.L : sa Pile de bouquins A Lire, soigneusement rangés sur la table de chevet, et fruits de coups de têtes et de coups de cœur au détour des rayonnages des librairies... En ce qui me concerne, et je m'en délecte d'avance, voilà ce qui constitue mon petit trésor du mois de mars :
Jeffrey Eugenides, Le Roman du mariage (je suis une inconditionnelle de Middlesex) !
Alessandro Piperno, Inséparables (la suite de Persécution, chroniqué sur ce blog http://mespetitsbouquins.blogspot.fr/2013/04/persecution-dalessandro-piperno.html)
Sara Stridsberg, La Faculté des rêves (petit cadeau des éditions Le Livre de Poche !)
Joseph Connolly, Drôle de Bazar (en espérant que cela soit aussi drôle que Vacances anglaises qui avait inspiré le film Embrassez qui vous voudrez)
Helen Walsh, Une famille anglaise
Steve Tesich, Karoo (jolie couverture bling bling)
et puis aussi:
Frederic Beigbeder, L'amour dure trois ans
Jean Teulé, Ô Verlaine
George Sand, Histoire de ma vie
William  Thackeray, La Foire aux vanités
Si vous avez déjà croisé ces romans, commentaires et impressions seront les très bienvenus !

mardi 11 mars 2014

Je,François Villon de Jean Teulé**


Achevé le 6 mars 2014

Je, François Villon de Jean Teulé
roman français, 2006 (éd.Pocket), 435p.

"Je suis français, ce qui me pèse,
Né de Paris emprès Pontoise,
Et par la corde d'une toise,
Mon coup saura ce que mon cul pèse."
                                                François Villon

 
Après Rimbaud et Verlaine, et c'est à un autre poète rebelle que s'attaque Teulé. Une fois n'est pas coutume, je laisse la parole à un autre lecteur, Jean B., qui a su très bien cerner l'oiseau Teulé :

« Une grosse lichette de foutre, un bonne rasade de sang, une sacrée pincée de merde, à macérer dans le bouillon méphitique du Paris des putains sales et des gibets bondés de la fin du Moyen Âge, et vous voilà la gorge déployée à chaque coin de page, la bouche toujours pleine de cette terrine absurde et roborative de nos semblables....Il n'est pas prêt d'entrer à l'Académie cet espiègle bougre... »

Un roman génial, mais à ne lire que si la phrase « T'as bouffé ma mère en pâté ? » vous paraît conciliable avec votre idée de la chose littéraire !

lundi 3 mars 2014

Les Merveilles de Claire Castillon*


Les petits bouquins du mois de février (2)

Achevé le 15 février 2014

Les Merveilles de Claire Castillon
roman français, 2011 (éd.Le Livre de Poche), 189p.

« Quand je m'emmerde, je pense au prénom qu'on pourrait donner à la petite et je trouve pas. Luiggi voudrait Corinne. Moi je pense que c'est comme pour les attardés. Attendre neuf mois pour finir avec une Corinne, autant avorter tout de suite. Star, Omégaze, Clitance, Vaporine, je propose mais il dispose pas. Il rigole gentiment comme s'il croyait à une blague. Mais je blague pas. Je suis contente mais je m'ennuie, ça commence à monter, faut pas se leurrer, l'embourgeoisie c'est pas pour moi. » (p.77)


Voilà un roman, qui a priori, comme ça, n'a à peu près rien pour me plaire.

Je n'apprécie pas beaucoup Claire Castillon, je ne crois pas à son personnage et ses nouvelles, psycholo-trashissimes m'agacent.

Je n'adore pas non plus qu'on écorche à plaisir la langue française : Zola l'a fait dans un souci sociologique, Queneau l'a fait avec inventivité et irrévérence, voilà, l'expérience est tentée, plus rien d'original de ce côté là.

Et puis le coup du chien : oui, je sais, c'est ridicule, mais il n'y a rien qui me répugne autant dans un roman comme dans un film que le bon vieux « coup du chien » : des femmes battues autant que l'on veut, des scènes incestueuses, des coups de poings, des crimes sanglants, oui, mais un chien blessé, tué ou torturé, je ne sais pas, mais ça ne fonctionne pas, justement parce que ça fonctionne trop bien, c'est trop facile. Et là, en matière de coup du chien, on est servi ; d'ailleurs, la première de couverture, avec son mignon petit clebs aux oreilles pendantes et aux yeux tristes, ne présage rien de bon...

Donc bien fait pour moi, je n'avais qu'à passer mon chemin devant Les Merveilles de Claire Castillon. Sauf que c'est un bon roman. Je n'en raconte pas plus long, mais le texte mérite qu'on laisse tomber clichés et préjugés et que l'on tente l'expérience... Anaïs T.

Incidences de Philippe Djian***

les petits bouquins du mois de février (1)


Achevé le 10 février 2014

Incidences de Philippe Djian
roman français, 2010 (éd.Folio), 244p.

«  Difficile de savoir ce qui lui passait par la tête, de temps en temps. Lui-même n'en savait trop rien pour parler franchement – la seule certitude qu'il avait, pour l'heure, était qu'il mourait de faim.  » (p.106)



Incidences est le roman qui a servi d'inspiration au dernier film des frères Larrieu, « L'amour est un crime parfait ». Je ne sais pas ce que vaut la version cinématographique – sans doute un très bon film, puisque Karin Viard et Mathieu Amalric sont de très bons comédiens(sans doute n'est-ce pas une raison suffisante me direz-vous), mais une chose est certaine : une fois de plus, on peut affirmer que Djian est un très grand romancier. On dévore ce texte avec une certaine jouissance, complètement vampirisé par le personnage de Marc, magnifique looser, accroc au tabac comme aux jolies étudiantes, strictement incapable de fait le distinguo entre le Bien et le Mal, complètement déphasé par une enfance violente et par sa trouble cohabitation avec Marianne, sa sœur... Un régal doux-amer, où le cynisme de Djian fait merveille ! Anaïs T.

lundi 3 février 2014

Je ferai de toi un homme heureux d'Anne B.Ragde***


Vous cherchez un bon bouquin pour la Saint Valentin ? 
pas sûr que celui-ci soit le bon !
Achevé le 2 février 2014

Je ferai de toi un homme heureux de Anne B. Ragde
roman norvégien, 2011 (éd. 10/18), 306 p.

«  C'était Owe qui lui avait acheté ce pense-bête pour Noël : une grande maison en bois peinte en bleu, posée sur un joli socle également en bois. La maison avait des fleurs en pots aux fenêtres et une brouette pleine de roses devant la porte d'entrée. Un bloc-note était posé au beau milieu de la maison, avec un crayon attaché à une ficelle fixée à côté. Le socle était percé d'un petit trou pour qu'on puisse y glisser la pointe du crayon, c'était astucieux, elle avait été si heureuse quand elle avait reçu ce cadeau. » (p.52)


Elles sont comme ça les femmes du roman d'Anne B. Ragde : reconnaissantes et bonnes épouses, elles rêvent d'aspirateur moderne, se demandent si elles peuvent faire la vaisselle, et donc du bruit, pendant la sieste de Monsieur, et s'excusent de ne pas avoir préparé le café assez vite pour que le même Monsieur puisse le déguster devant les informations télévisées qui diffusent les dernières nouvelles de la guerre du Vietnam, guerre à laquelle, Mon Dieu, elles ne comprennent décidément rien !
Malgré tout, dans cet immeuble de Trondheim, unique décor de ce subtil roman, certaines de ces voisines, tout en se regardant les unes les autres avec suspicion et commérages délicieux, s'autorisent quelques libertés : l'une, à l'encontre de toutes les habitudes culinaires nordiques, faites de hareng, de pois à la graisse et de macédoine sur pain de seigle, se régale d'avance des rognons qu'elle a mis à tremper dans le lavabo de la salle de bain, l'autre savoure le fait de passer la serpillère jusqu'au palier de la voisine, pour mieux lui faire sentir ses propres qualités de femme au foyer irréprochable, la troisième trompe son mari VRP avec un autre VRP de passage... Bref, tout le talent de l'auteur est de nous distraire en nous narrant la vie quotidienne et navrante de monotonie de ces femmes d'une autre époque : le huis clos des trois étages de l'immeuble, caves incluses et l'époque matérialiste flamboyante des 60es nous parlent en réalité de nous mêmes : jalousies, mesquineries, désir de vivre une autre vie, rapports hommes/femmes, désir de maternité et besoin de se libérer de la lourdeur des liens parents/enfants... Anne B. Ragde est l'auteur d'une satire très efficace de notre société. A lire obligatoirement ! Anaïs T.

dimanche 12 janvier 2014

Les Particules élémentaires** de Michel Houellebecq


Achevé le 5 janvier 2014

Les Particules élémentaires de Michel Houellebecq
roman français, 1998 (éd. Flammarion), 393 p.

Et si, quinze après, on relisait Houellebecq ? Petit florilège d'extraits tirés de l'histoire de deux frères, dont le point commun principal serait l'inadaptation à la société d'aujourd'hui : deux itinéraires de vie manqués. 

 

«  Pour l'Occidental contemporain, même lorsqu'il est bien portant, la pensée de la mort constitue une sorte de bruit de fond qui vient emplir son cerveau dès que les désirs ou les projets s'estompent. L'âge venant, la présence de ce bruit se fait de plus en plus envahissante ; on peut le comparer à un ronflement sourd, parfois accompagné d'un grincement. A d'autres époques, le bruit de fond était constitué par l'attente du Royaume du Seigneur ; aujourd'hui il est constitué par l'attente de la mort. C'est ainsi.
Huxley, il s'en souviendrait toujours, avait paru indifférent à la perspective de sa propre mort ; mais il était peut-être simplement abruti, ou drogué. » (p.104)

« Le catalogue des 3 Suisses, pour sa part, semblait faire une lecture plus historique du malaise européen. Implicite dès les premières pages, la conscience d'une mutation de civilisation à venir trouvait sa formulation définitive en page 17 ; Michel médita plusieurs heures sur le message contenu dans les deux phrases qui définissaient la thématique de la collection : « Optimisme, générosité, complicité, harmonie font avancer le monde. DEMAIN SERA FEMININ. » » (p.153)

« Au fond, se demandait Michel en observant les mouvements du soleil sur les rideaux, à quoi servaient les hommes ? Il est possible qu'à des époques antérieures, où les ours étaient nombreux, la virilité ait pu jouer un rôle spécifique et irremplaçable ; mais depuis quelques siècles, les hommes ne servaient visiblement à peu près plus à rien. Ils trompaient parfois leur ennui en faisant des parties de tennis, ce qui était un moindre mal ; mais parfois aussi ils estimaient utile de faire avancer l'histoire, c'est-à-dire essentiellement de provoquer des révolutions ou des guerres. » (p.205)

« Il est difficile d'imaginer plus con, plus agressif, plus insupportable qu'un pré-adolescent, spécialement lorsqu'il est réuni avec d'autres garçons de son âge. Le pré-adolescent est un monstre doublé d'un imbécile, son conformisme est presque incroyable ; le pré-adolescent semble la cristallisation subite, maléfique (et imprévisible si l'on considère l'enfant) de ce qu'il y a de pire en l'homme. » (p.209)

vendredi 3 janvier 2014

Lointain souvenir de la peau** de Russel Banks


Achevé le 2 janvier 2014

Lointain souvenir de la peau de Russel Banks
roman américain, 2011 (éd. Babel), 529 p.

«  Il n'a qu'à aller, via Google, sur le site du registre national des délinquants sexuels. Là, cliquer sur trouver les délinquants, puis chercher par lieu et entrer le nom Calusa. Une carte apparaîtra, parsemée de petites cases colorées : chaque case représente le lieu où demeure un délinquant sexuel condamné et sa couleur, rouge, jaune, bleue ou verte, indique la nature du délit. Le rouge désigne les actes perpétrés contre des enfants ; le jaune marque le viol ; le bleu, l'agression sexuelle ; et le vert dénote les « autres délits » (…). » (p.140)




Je n'ai jamais oublié la lecture d'un autre des romans de Russel Banks, Sous le règne de Bone, qui racontait déjà l'histoire à la dérive d'un ado américain en marge : dur et troublant. Avec Lointains souvenirs de la peau Russel Banks évoque la déviance et surtout l'extrême solitude.
Le Kid a une vingtaine d'années, il vit avec un iguane sous un échangeur d'autoroute, avec d'autres délinquants sexuels condamnés comme lui au port d'un bracelet électronique pour s'assurer qu'ils ne s'approcheront pas à moins de plusieurs centaines de mètres du moindre enfant. Dans cette ville de Floride, il ne reste à ces rebuts de la société que les zones inhumaines : les autoroutes ou les marais.
Le Kid n'a pas été bien aimé par sa mère, il n'a pas eu de camarades à l'école, pas de petite amie, et même l'armée américaine n'a pas su l'accueillir. Son seul ami, Iggy l'iguane. Alors la tendresse, il l'a trouvée sur les lumières rassurantes de la toile, internet comme substitut maternel, puis rapidement comme seul exutoire sexuel, le Kid est devenu dépendant aux sites pornographiques, comme des millions d'adolescents. Lorsqu'à vingt ans il rencontre sur un chat brandi18, c'est la toute première fois qu'il parvient à s'abstraire de sa fascination pour les films porno, et qu'il s'apprête à rencontrer un être humain de chair, avec toutes ses promesses de chaleur, de tendresse et peut-être d'amour. Mais voilà, Brandi a 14 ans, et dans cette société américaine bien pensante, le Kid est un criminel pédophile, et la sanction tombe, le coupant définitivement, ou tout comme, de toute relation humaine authentique : en tous cas, il se le promet, on ne l'y reprendra plus.
Mais c'est sans compter sans le Professeur, étrange personnage qui fait son apparition dans la vie du Kid en même temps que dans la littérature américaine : jamais je n'avais croisé dans mes lectures un tel personnage ! D'une intelligence extrême, il est présenté comme l'homme potentiellement le plus brillant de Floride ; cet universitaire est aussi physiquement stupéfiant par son obésité hors normes, extraordinaire, même pour ce pays particulièrement concerné par ce fléau du surpoids. Et voilà que ce génie éléphantesque s'intéresse au Kid. Qui est-il ? Un sociologue désireux de tenter une expérimentation dont le Kid serait le cobaye ? Un pédophile ? Un agent secret ? Un contre espion ? Et voilà relancé du même coup de façon très inattendue le récit de Russel Banks... Un très bon roman qui questionne brutalement la société occidentale et ses réseaux numériques de solitude... Anaïs T.